Interview d’Emmanuel Rochet : Créateur de bonheur

Emmanuel Rochet est un de ces hommes qui nous fait rêver : artiste, créateur et avant tout agile couturier, il a trouvé un métier qui mélange à la fois passion, bonheur et challenge : Créateur de robe de mariées.

Il a habillé de nombreuses Miss, des centaines de mariées et cela fait maintenant 5 ans qu’il vit à Shanghai. 20 ans de création et plus de 450 robes à son actif, Emmanuel nous raconte son histoire et sa passion du tissu…

.

createur de mode

.

Bonjour Emmanuel, peux-tu nous expliquer comment tu es arrivé à ce métier ?

.

Les robes de mariées et moi, c’est une longue histoire. Alors que j’étais enfant, je m’amusais à faire des maquettes miniatures avec des serviettes en papier. Ma mère m’a raconté qu’une fois, elle avait déchiré un grand drap blanc en lin et j’avais récupéré les morceaux pour mes petites robes. Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, j’avais envie de répondre « Marchand de robe de mariées » mais je trouvais que çà ne sonnait pas très juste, alors j’ai choisi « Marchand de bonheur ».

.

createur robe mariee

.

Quelle est la différence entre la robe de mariée sur-mesure et les robes en boutique?

.

Tout d’abord, il est important de savoir que je n’ai pas le même discours que les créateurs, qui eux, imposent leur marque. En général lors des défilés, nous entendons « elle porte la robe DE… » ; en ce qui me concerne, je pense que c’est la « robe qui doit être portée PAR… ». Au-delà des mesures du corps, la création d’une robe représente le caractère et reflète la personnalité de la future mariée. Le plus beau compliment que l’on puisse me faire ? « Cette robe est tout à fait moi ». Chaque robe nécessite beaucoup de temps et d’investissement. C’est à chaque fois un challenge et une nouvelle histoire.

.

createur robe

.

Quelles sont les créations qui t’ont le plus marqué ?

.

Je suis attaché à toutes mes robes car elles sont toutes différentes. Il y en a une qui m’a marqué : la jeune fille souhaitait choquer à son mariage car ce n’était pas un réel mariage d’amour. La cérémonie ayant lieu près de la mer, elle souhaitait une robe très courte type parapluie en tulle filée (NB. tissu très transparent) ornée de coquillages, avec un bustier.

Une autre plus rigolote, la femme souhaitait une traine aussi longue que le chemin de l’entrée de l’église à l’autel = 70 mètres de tissu ! Elle souhaitait que sa traine soit accrochée à des ballons d’hélium, nous avons dû en mettre beaucoup pour que le tissu parvienne à se soulever !

.

Pourquoi avoir choisi de venir en Chine ?

.

robe mariage chinois

Avant de partir, j’avais trouvé un bon équilibre : j’avais ma boutique à Lyon (« Entre elles et moi», un nom qui caractérise bien le moment que passe Emmanuelle avec les mariées) et j’étais enseignant à temps partiel à Sup de Mode.  J’aimais bien le fait de pouvoir combiner l’enseignement et mon activité professionnelle.

Nous avons eu avec mon associé, l’occasion de participer à la 1ère fashion week de Dalian en Chine. Suite à cet événement, nous avons été un peu victimes de notre succès et avons pris des chemins différents. C’était un premier pas vers la Chine.

J’ai ensuite été sollicité pour enseigner à Shanghai, ce que j’ai accepté sans arrières pensées. L’enseignement m’a beaucoup plu, mais il faut savoir qu’en Chine les emplois du temps ne sont pas les mêmes qu’en France. On nous en demande beaucoup et je n’avais plus de temps pour mes activités créatives ce qui m’éloignait aussi de la réalité par rapport à mes enseignements. J’ai donc souhaité retourner au cœur de mon activité.

.

Que penses-tu de la « French touch » dont on parle beaucoup en Chine ?

.

Les chinois sont très demandeurs de cette « French touch ». Avant, la Chine était très bonne dans tout ce qui était fabrication mais avec tout ce qu’ils produisent aujourd’hui, il est plus dur de garder le rythme et ils cherchent aussi à s’orienter vers une « mode chinoise » pour créer quelque chose de local.

Je pense qu’il y a un avenir pour les marques de luxe chinoises et les entreprises qui souhaitent créer leur propre marque. Ce qui se passe actuellement, c’est que les marques ont déjà leurs lignes de prêt à porter mais elles ont envie de relever l’image de ces lignes : c’est là qu’intervient la french touch. Les chinois ont besoin du savoir-faire français pour créer le luxe chinois.

.

mode mariee mode

.

Quelles sont les principales différences entre les acheteuses de robes chinoises et  françaises?

.

En France et en occident, le créateur est sollicité pour avoir une valeur sûre. La Chine devient de plus en plus riche et les consommatrices veulent du vrai luxe. Les marques comme Louis Vuitton, Gucci, Prada deviennent un type de luxe « accessible ». Avec un créateur, c’est un luxe unique, inaccessible et on sent un réel désir de la part des chinois d’y accéder.

Concernant le mariage, les chinoises n’attachent pas autant d’importance à la robe de mariée que les occidentales. Une française aura sa robe, unique, qu’elle portera le jour de son mariage. Une chinoise va plus être dans l’optique de montrer ses moyens en changeant de robe toutes les heures, à en oublier le réel plaisir de vivre son mariage. La location de robes reste le meilleur compromis pour la Chine.

.

robe mode mariée

.

robe mode mariée

.

Qu’est ce qui te plaît le plus dans le métier de créateur ?

Num 18

.

(…) J’aime le tissu. Pour moi, le tissu est une matière vivante. Il y a deux choses qui s’expriment dans une robe de mariée : la personnalité de la fille et le caractère du tissu, des matières. Trouver le parfait accord des deux est passionnant. J’aime être entouré de tissu.

Ce qui me plaît aussi dans ce métier est le côté technique. En fait, je suis un technicien du vêtement : il y a un croquis et je dois le rendre réel, il faut en permanence voir  plus loin, explorer de nouveaux volumes, de nouvelles matières. Toutes les robes sont des challenges. Nous les créateurs, pouvons-nous octroyer beaucoup de liberté car nous ne pensons ni prix, ni distribution. Tout est faisable, il faut juste trouver comment.

Ceci dit, j’ai besoin que cela reste un vêtement, il ne faut pas tomber dans le « trop créatif ». Je veux que mes robes puissent être portées.

.

.

Tu parlais de challenge, as-tu un défi en cours ?

.

[Il sourit]. Une adaptation contemporaine d’une mode de robe de mariée des années 50 mais avec nos matériaux et nos techniques. Les robes des années 50 étaient très structurées mais inconfortables à cause de matières très rigides. Les silhouettes étaient sublimes, je souhaiterais avoir la « patte » et le coup d’œil pour reprendre cet esprit de Dior des années 50 mais en rendant la robe agréable à porter.

Le défi est à la fois technique et visuel, mais peu importe le nombre d’heures travaillées, c’est la passion qui nous guide.

.

Merci à Emmanuel d’avoir accepté de répondre à cette interview et pour son sourire permanent ! Il a réussi à atteindre son rêve d’enfant : Devenir marchand de bonheur…

.

robe emmanuel

.

N’hésitez pas à aller faire un tour sur son site internet pour y trouver davantage d’informations :

www.emmanuelrochet.com

 

Emma Haby

.

Je vous invite aussi à lire Et ma robe alors?! pour voir d’autres photos de robes de créateurs.

Publicités